J38 26/06/2017 Les cratères de Darzava

Lever tôt. Nous n’avons pas envie de traîner dans cet environnement. Pas de petit déjeuner à la tchaïkhana à côté de l’hôtel ou au restaurant de la veille. Rien n’ouvre avant 09h. Décision est prise d’aller se rouler dans le luxe du Sofitel (dont nous apprendrons qu’il a été cédé au gouvernement). Nous payons le même prix que pour la nuit, mais l’environnement est très différent. C’est le 5 étoiles international, buffet bien garni, et surtout WiFi très performant puisqu’une fois compris qu’il marchait à droite de la table et pas à gauche, JL a pu transférer 70 photos en quelques minutes sur le NAS de la maison, une performance. Les emails à Corentin sont partis, les estomacs sont pleins, nous pouvons prendre la route du Karakoum. C’est une traversée du désert d’environ 500km pour rejoindre le site de Kounia-Ourgentch à la frontière de l’Ouzbékistan. Sortant de l’hôtel, à côté du K6, se trouve une Transalp attelée à un side-car immatriculée en Allemagne.

C’est un couple qui a pris son petit déjeuner avec nous, elle assez élégante nous regardant de façon ostensiblement méprisante. Surprise, ce sont de vrais baroudeurs voyageant de toutes les manières possibles et ayant déjà beaucoup de pays à leur tableau de chasse, inscrits sur la tablier du side-car. Ceci mis à part, ils sont très sympathiques et communiquent assez volontiers en anglais (nous saurons plus tard que le mépris provenait du fait que JL s’occupait de son ordinateur au petit déjeuner au lieu de s’occuper de sa femme, et qu’elle n’a compris ce qu’est le K6 qu’en nous revoyant le soir). Sortie d’Ashgabat, emplettes au marché de gros où on essaie de nous vendre des cerises au double du prix (dire qu’on nous en a offert 2kg en Iran !).

Retour à l’aéroport magnifique (bravo Bouygues) pour changer 50€ et découvrir que la première fois que nous avions changé, le changeur s’était roulé lui-même. Enfin, passage à la station essence pour garantir le plein au départ, au cas où il n’y aurait pas de gazole sur le parcours du désert (mauvaise info, il y a plusieurs stations). Sortie d’Ashgabat, route à 2 chaussées bien polie et signalée, avec même des réverbères kitsh en accord avec la ville. Au fur et à mesure des km, la prestation se dégrade. Déjeuner au bord de la route, sous un arbre et même avec de l’eau, une vanne d’un tuyau fuyant pas loin. Amusant, la route traverse un lac où il y a vraiment de l’eau, parce que des lacs signalés sur les GPS, il y en a eu, mais de l’eau, point. Arrivée dans la région des cratères de Darzava, la route n’est déjà plus qu’une « chaussée » pas mal déformée et largement ponctuée de nids de poule. Pour accéder au cratère principal (celui qui brûle), il faut partir dans le désert, sur une piste de sable. Le K6 se débrouille très bien, même à la montée assez raide d’une dune. Quand on arrive au bord du cratère, c’est un peu la déception. Il n’y a rien à voir. Il faut se pencher pour voir des flammes au fond.

C’est quand la nuit tombe que la magie commence.

Le trou s’éclaire en orange, parfois rouge. C’est très spectaculaire. Ces cratères ont semble-t-il été créés par les Russes lors d’exploration pétrolière mal conduites. Les Allemands de ce matin arrivent peu après le coucher du soleil, une panne et l’ensablement inéluctable du side-car les ayant retardés. Un 4×4 les a tirés et les retirera le lendemain pour 20$. La présence du K6 les étonne. Il y a dans les environs du cratère quelques touristes, moins de 10, et tout le monde se tient assez loin, il y a des émanations de gaz toxiques inodores qu’il faut éviter d’inhaler trop longtemps.

J49 07/07/2017 La vallée des merveilles d’Ouzbékistan

 

Nous avons pu nous baigner dans le canal d’irrigation voisin, est ça, c’est un vrai luxe. La nuit a été calme, bercée par le bruit de l’eau et sous la lune presque pleine.

Au matin, beaucoup moins de monde pour nous voir partir. Cap au Nord, nous allons chercher les hommes préhistoriques cette fois. Trente km de route moyenne nous amènent à l’entrée d’un centre de vacances pour enfants au beau milieu d’une oasis. Le problème réside dans le fait que le centre de vacances est à cheval sur le chemin et qu’il est clôturé avec des gardes incompréhensifs. Il y en a même un qui se prend pour la police et demande nos passeports. Au bout d’une bonne demi-heure de palabres, nous finissons par retourner au K6 dépités quand les gardes nous rappellent et nous comprenons que le chef a dit ok finalement. Nous traversons donc le camp de vacances à pied sous bonne escorte et nous retrouvons de l’autre côté en plein cagnard. Il y a 2 km de marche, il fait au moins 45°C à l’ombre. Et le long du chemin, il y a effectivement 3 sites de gravures magnifiques sur des rochers sombres. Nous n’avons pas tout vu, il y en a sur 10km, nous nous sommes limités à 1km, mais nous avons vu des animaux à cornes, les félins en chasse, des hommes en chasse, un homme bien pourvu, et des femmes dansant. C’est très émouvant.

 

 

 

 

Retour sous le soleil, traversée sous escorte, même pas vu le chef. Déjeuner sur place à l’ombre dans le K6 au bord du ruisseau.

Nous retournons à Navoy et arrivons même à trouver un moyen pour traverser la voie de chemin de fer pour prendre la route de Tim, petit village à une centaine de km au Sud où se trouve un mausolée intéressant. Mais après 40km de très mauvaise piste, nous jetons l’éponge. Si nous continuons de ce train, nous allons casser quelque chose. C’est trop défoncé, il y a des pistes parallèles à la route dans le sable qui ne sont pas moins difficiles (on plonge dans les trous), la poussière entre partout malgré l’air conditionné. Nous rebroussons chemin.

2h de route plus tard, nous entrons à Samarcande, la ville la plus célèbre de la route de la soie. Empoussiérés, fourbus, cabossés (une jante arrière du K6 a un choc important sur la lèvre), nous sommes ravis de trouver Chakir qui tient l’hôtel Marokand, et parle et comprend le français.

J37 26/06/2017 Rencontres et visite de Merv

Mots-clefs : Turkménistan, Merv, Turmens, russe, histoire,

Dans la nuit, un tracteur a erré dans les plantations, probablement pour traiter quelque chose d’inaccessible de jour. Nous nous réveillons tôt, et avalons notre petit déjeuner, un jeune homme lave une voiture devant l’un des bâtiments. Quand nous nous décidons à partir, il vient vers nous et nous invite à prendre le thé. Nous acceptons, dans l’idée de peut-être pouvoir visiter les immeubles et comprendre où nous sommes. Perdu et gagné, cette petite invitation se déroule dehors, sur un tapis sous les arbres, mais Françoise peut revoir sa copine de la veille au soir, et la discussion s’anime autour des enfants, des voyages, etc, le tout sur base de « dictionnaire » franco-russe et du livre de photos que F a fait tirer avant notre départ.

Le jeune homme est surtout intéressé par le K6. J’échange la visite du K6 contre la visite de la maison, et nous voilà partis. En fait, ces trois bâtiments sont des maisons construites par le père que nous voyons à peine, pour lui celle du milieu, pour 2 de ses fils les autres. Le fils qui nous guide est le n°4 et dernier de la fratrie qui compte aussi 4 filles. Tatiana, la « mère » n’est que la nouvelle épouse du père. Elle a 58 ans, le père 64. Nous visitons la maison, extraordinaire par les dimensions des pièces, et les arrangements, l’entrée majestueuse avec un escalier central qui se dédouble à mi-hauteur, une cuisine complète, la pièce à vivre d’au moins 70m2 et une seule chambre. Au 2e étage, une pièce pour lire au centre de la terrasse qui permet de voir le site archéologique et toute la région (mais pas de livres à l’intérieur), et au dernier étage, la salle de prière surmontée d’un dôme en plexiglas vert. En fait, le fils et sa femme vivent avec les parents du fils. Eux couchent dans la chambre, et les parents sur la terrasse. Dommage que les finitions ne soient pas au niveau, la maison serait parfaite. Nous avons du mal à partir, il faut accepter des abricots, des pommes et des prunes, des conserves et des concombres. Nous échangeons les adresses. Et nous quittons cette famille très accueillante. Peut-être aurons-nous des nouvelles.

Le site de Merv est très ancien. Il a été détruit et reconstruit plusieurs fois. Il en reste peu de chose par rapport à la grandeur passée, mais on peut se rendre compte de la taille de la ville et des monuments par les ruines des murs croulants existants. Depuis le site, on peut apercevoir les maisons de Tatiana avec leur dôme vert.

Il y a plusieurs enceintes qui restent, et faire le tour prend du temps. Quelques mausolées sont encore debout, probablement parce qu’ils font l’objet d’un culte constant, notamment ceux de 2 compagnons du prophète.

En repartant, nous traversons un marché aux bestiaux. On y traite de chameaux (pardon, de dromadaires), de vaches, de moutons, de chèvres et de poules. Il y a un monde fou, les transactions vont bon train, on peut lire le stress des vendeurs, et l’agressivité des acquéreurs. Finalement, les animaux sont traînés par les cornes ou tout autre partie saisissable dans le véhicule de l’acquéreur. Nous avons surtout vu des chariots tirés par des mules, mais aussi un veau entre les sièges de la Toyota Camry standard ici. Les chameaux sont les seuls à repartir libres d’entraves.

Pour déjeuner, nous stoppons près d’un lac alors que nous ne sommes pas encore revenus sur notre itinéraire imposé. JL ne peut pas s’empêcher de se baigner, et au moment où il se rhabille, des policiers arrivent. Nous ne comprenons pas ce qu’ils demandent, les remercions pour leur aide et faisons signe que nous partons. On en reste là. En route pour Ashgabat, la route est bonne, et les contrôles routiers ne nous tracassent pas.

Ashgabat, c’est très curieux. Au premier abord, on a l’impression d’entrer dans un décor hollywoodien pour une série aseptisée et irréelle. Tout est blanc. Puis on se rend compte que chaque bâtiment a une fonction que nous avons de la peine à percevoir, les mots nous étant totalement inconnus. Et enfin, on voit le reste du décor, qui est constitué de vieux bâtiments soviétiques alignés et en mauvais état. Il y a peu de circulation, et pourtant des policiers à tous les carrefours. Les voitures respectent le code à la lettre.

Au bout d’une heure de visite en voiture de cet environnement, nous cherchons un hôtel, sachant que nous n’aurons pas de WiFi cette fois-ci. Le Dayan fait l’affaire à 40$ la nuit pour deux dans des lits crasseux séparés, avec une salle de bains indigne mais dont les WC et la douche sont utilisables.

Dîner dans le jardin de l’hôtel, un lieu branché où les femmes turkmènes si élégantes dans leurs robes traditionnelles sont habillées comme des occidentales, jupes courtes ou jeans. Étonnant. Ce restaurant a un WiFi mais il est utilisé uniquement par les serveuses pour transmettre les commandes. Dîner turkmène, avec des soupes et des boulettes de viande arrosées de bière locale dans une ambiance musicale disco où se succèdent Dylan, les Beatles, des locaux, et même Nathalie de Bécaud, 100dB au moins.

Nuit calme après avoir débranché l’air conditionné.